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par Frédéric THÉBAULT

Marius Roustand était mon arrière-grand-oncle. Sa soeur unique, mon arrière-grand-mère, avait conservé ses effets, et son souvenir... Plus jeune que lui de cinq années, elle avait élevé mon père à la mort de ma grand-mère. J'ai bien connu Juliette, et si elle ne m'a jamais parlé de Marius, elle en avait discuté avec mon père, qui m'a appris ce que je sais aujourd'hui.

Marius Roustand naquit en 1888, dans la région d'Hérépian (Hérault), où était installée depuis peu sa famille, originaire de l'Aveyron, un peu plus au nord.
Lors de la déclaration de guerre, il était déjà soldat de l'Armée Française, et déjà affecté au 65ème Régiment d'Infanterie, qu'il ne quittera pas.
J'ai pu récupérer trois cartes postales rédigées par Marius. Elles ne sont pas datées sauf une, du 5 février 1914. Celle-ci contient juste une signature, et la vue est celle de : "L'entrée du Château - Nantes". Ceci explique que le 65ème RI soit parti de Nantes lors de la déclaration de guerre, il ne devait pas s'agir d'un régiment regroupant les appelés de la région de l'Hérault dont était originaire Marius. Ce dernier étant militaire de carrière, son appartenance au 65ème n'était pas liée à son origine démographique.
Une autre carte, adressée à son beau-frère (mon arrière-grand-père Emmanuel Noble, avec qui il semblait s'entendre à merveille) ne nous apprends hélas pas grand chose : "Attends de vos nouvelles. A bientôt de vous voir. Bonne santé. Gros baisers à Raymonde [ma grand-tante, née en 1911, toujours en vie] et Renée [ma grand-mère, née le jour de Noël 1913, décédée en 1942]. On peut présumer néanmoins, au vue de la photo du verso (un paysan en costume breton : "pont croix - vieux paysan des environs, étude de tête") que sa carte date du 1er semestre 1914, juste avant-guerre. S'il était déjà en guerre, il ne serait plus stationné en région bretonne et n'aurait sans doute pas adopté un ton si laconique. La dernière carte en ma possession semble de la même époque, et représente une "femme de la région de Batz - étude de la coiffe". Le verso de la carte est la fin d'un message dont il manque le début : "(...) ornée de verdure et de fleurs il y a eu un grand succès jeux, représentations diverses etc.. plus de 2000 civils familles des militaires du Régiment y assistaient. Des vues ont été prises et si je peux m'en procurer avant mon départ j'en porterai pour vous donner une idée de ce que c'était. Pas autre chose à vous dire pour le moment ma santé est toujours en parfait état et espère bien vous en trouver de même et de voir Emmanuel entièrement rétabli. En attendant je termine en vous embrassant tous bien fort. sans oublier les enfants." Signature M. Roustand.
Rien dans ce texte, pas plus que dans le précédent ne laisse penser à la guerre, et pourtant, le conflit approchant, les militaires, partout en France, devaient sans doute être inquiets.
Marius Roustand trouva la mort au front de Champagne, le 25 septembre 1915, lors de l'attaque de la butte du Mesnil, mais cela ne fut cependant jamais réellement prouvé, car il fut porté disparu.

Marius enfant, sa sur Juliette et ses parents
Mon père alla un jour avec sa grand-mère au village de Minaucourt Mesnil les Hurlus, pour se recueillir sur la stèle dédiée aux disparus.
Tout ce que mon arrière-grand-mère savait, c'est qu'il était stationné au camp de Mailly, dernière adresse où il avait donné signe de vie.
Sa malle lui fut renvoyée. Elle contenait peu de choses: un foulard, un ceinturon, un casque à pointe allemand, une épée de parade et un revolver Remington que lui avait donné un soldat américain. Ni papiers, ni lettres, rien d'important. Ces objets furent sauvés de la moisissure des années plus tard, après un séjour prolongé dans une cave, à l'exception du casque à pointe (qui était en cuir, et non en métal comme on pourrait le penser). L'épée et le revolver sont chez mon père. Le squelette de Marius est peut-être encore, aujourd'hui, enfoui quelque part à plusieurs mètres sous terre, sous un pré ou un bois de cette région de la Champagne...
A titre posthume, Marius fut décoré de la Légion d'Honneur. Jusqu'à sa mort en 1977, mon arrière-grand-mère conserva l'espoir que son frère était encore vivant, mais qu'à la suite d'un choc durant les combats, il avait perdu la mémoire et refait sa vie ailleurs, la pauvre femme n'eût jamais le droit de faire son deuil, pas plus que ne l'avait eu sa mère...
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La Légion d'honneur obtenue par Marius à titre posthume |
Réponse obtenue suite à la recherche faite par sa soeur |

