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par Frédéric THEBAULT
Mon grand-père, médecin au front
A gauche, Maurice Leulier en tenue de parade
Mon grand-père, Maurice Leulier, est né le 29 novembre 1892, à Delle, petite ville frontalière de la Suisse et de l'Alsace, située dans le Territoire de Belfort. Son père, ainsi que son grand-père, étaient douaniers, et les Leulier ont migré progressivement de la région d'Abbeville vers l'Alsace puis la Franche-Comté.
Maurice était issu d'un milieu social plutôt aisé mais ayant su rester simple, comptant de nombreux ancêtres artisans et petits bourgeois. Du côté de sa mère, on retrouve des aïeux présents à Delle depuis le début du XVIIème siècle.
Lorsque la guerre est déclarée, Maurice est déjà militaire. En effet, il s'engage dans l'armée le 5 octobre 1912, pour une durée de six années. Il vit avec ses parents à Morteau, petit village du Doubs, et c'est donc à la préfecture, Besançon, qu'il effectue sa demande.
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Babinot, moi (NDA : celui qui fait un pied de nez), Destandeau, Koppelmann, Liacre (sa tête), Lauquin, Debord" |
Dès le début, Maurice est élève au secteur sanitaire de Lyon. Il y est encore lorsque la guerre est déclarée, et quelques mois plus tard, le 18 février 1915, il est nommé pharmacien auxiliaire. En mars, il est affecté à la réserve du personnel sanitaire de la IVème armée. Il fera ensuite partie de l'ordre des Médecins de l'Armée (juin 1915) puis sera affecté au groupement de Mitry en tant que médecin-chef, un an plus tard. Il n'a toujours, semble t-il, pas participé à des combats, car ses déplacements en France sont incessants. Maurice a d'ailleurs tenu dans le détail, sur son agenda (un Berger-Levrault de 1917) les trajets effectués pendant sa période de réserve.
Maurice passera ensuite sous les ordres de la VIIIème armée, en septembre 1917, à la Division du Maroc. Il tient à jour son agenda, et même si celui-ci l'est sur un mode purement descriptif et abrégé, il n'en revêt pas moins un certain intérêt quant à une approche de ce que pouvaient vivre les médecins pendant le conflit. Une parenthèse s'avère nécessaire pour conseiller l'ouvrage paru début 2002 offrant les cahiers de guerre de Lucien Laby, médecin comme Maurice, même si celui-ci a été plus longtemps sur le terrain (dès le début de la guerre), et s'il raconte véritablement ce qu'il a vécu. Je rajouterai aussi que Jean Laby, fils de Lucien, aura une fille qui épousera Hubert Leulier, le fils de Maurice, mon oncle ! Le hasard fait parfois curieusement les choses...
C'est toujours en tant que médecin pour le compte du régiment de Marche de Tirailleurs Algériens qu'il combat en Woëvre début 1918. C'est là qu'il y gagnera ses décorations :
Citation à l'ordre du régiment du 7ème Régiment de Marche de Tirailleurs Algériens en date du 25 janvier 1918 :
"chargé au cours de l'opération du 8 janvier 1918 en Woëvre d'assurer la liaison entre les brancardiers du 7ème Régiment de marche de Tirailleurs et le B.D., s'est en dépit des bombardements incessants occupé de sa tâche avec une énergie et une conscience dignes des plus beaux éloges ; est resté à son poste pendant huit heures après l'opération jusqu'à la relève du dernier blessé".
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Cachy, 27/04/1918 - Trenga" |
Maurice obtiendra les Croix de Guerre bronze et vermeil en mai 1918, ainsi que la Croix de Guerre avec palmes en octobre de la même année. Plus tard, il sera nommé Chevalier de la Légion d'Honneur. Il termine la guerre, puis ouvre un laboratoire pharmaceutique à Reims. Il se marie, donne naissance à trois enfants. Lors de la naissance de la quatrième, l'enfant et la mère décèdent. Maurice se remarie avec la cousine de sa femme, et le couple aura deux autres filles, dont ma mère. Professeur renommé en faculté de médecine, Maurice et sa famille s'installent à Nice en 1960. Il décède en 1977, à l'âge de 85 ans, non sans avoir tenu jour après jour d'autres agendas, sur le même mode descriptif et abrégé. Je n'ai jamais discuté avec lui de la guerre, étant trop jeune, et ce regret me pousse à conseiller à tous les adolescents de s'intéresser à la vie de leurs grands-parents pendant qu'il en est temps, elle est souvent riche d'enseignement, et il n'est aps nécessaire qu'ils aient pour cela connu de guerres...
| Mon grand-père... faisant semblant de participer à un combat de boxe ! (à gauche) | |||||
| Maurice parmi les hommes de son unité (en bas au milieu) | |||||
| 1917 (à partir de septembre) |
Verdun |
| 1918 | Villers-Bretonneux, Bois du Hangard (26 avril) Montagne de Paris, Missy-aux-Bois, Chaudun (29 mai - 1er juin) Amblémy (12 juin), Saint-Pierre-l'Aigle, Daumiers, Chaudun (18 juillet) Tunnel de Vauxaillon, Neuville-sous-Marginal (28 août - 17 septembre) |