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François CHIFFRE |
par JP Lalloue
Cette lettre était jetée à la décharge public d'un village audois.
J'ai recopié cette lettre en ma possession en corrigeant les quelques fautes :
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Mardi 6 avril 1915
Chère cousine jeanne Je viens de recevoir ta lettre qui ma fait bien plaisir au moment où je sortais de ces tranchées où lhomme vit comme les bêtes sauvages. On creuse un trou dans la terre et lon attend. Nous sommes en ligne de feu depuis le 18 mars.Avant nous étions à larrière dans la Marne au camp de Chalons à 20 kms de la ligne puis nous nous sommes rapprochés à 8 kms en réserve. La grande bataille que lon préparait pour faire la trouée a commencé le 10 mars. Nous étions 20000h(....) corps darmée. Pendant 14 jours lartillerie a craché nuit et jour, cétait affreux. On croyait enfoncer la ligne mais on na pas réussi On a pris 2 kilomètres de tranchée on les a payés trés cher. Le 18 nous sommes partis pour porter secours et le soir à 4 heures, le 80° était en ligne. Cest là que jai vu la vraie boucherie. Les bôches avaient abandonné les tranchées mais leur artillerie savait bien la distance de ces tranchées et chaque coup de canon quils nous lançaient, cétait des 4 à 5 hommes blessés ou tués.Pendant 2 heures cétait du feu et lenfer était sur nos têtes. A 5 heures,zouaves,fantassins et marocains sont allés à lavant ( ma compagnie était en réserve) mais ils ont été fauchés par les mitrailleuses bôches et obligés de revenir en arrière car les bôches sont bien outillés en engins de guerre puis ils ont vu le grand coup et eux aussi avaient du renfort.. Le soir, nous avons passé la nuit sur place. Le lendemain, nous nous sommes aperçus que nous avons couché sur des cadavres bôches. Les tranchées étaient à moitié comblées de morts, il ny avait quune légère couche de terre pour les couvrir. Le lendemain,19, nous avons assisté de nouveau à la canonnade; Nous étions chacun à nos postes mais à 3 heures de laprès-midi ça été terrible. Les bôches furieux sont venus en masse sur nous pour nous reprendre la position car nous étions maîtres du bois qui était sur une petite hauteur et ils tenaient à le reprendre. Tout le monde sest porté en avant et ça été terrible.Cest là que jai vu cette fameuse garde ( régiment de lEmpereur) qui est venue, colonel en tête, sur nous mais dans 20 minutes elle a été couchée à terre pour toujours. Nos mitrailleuses qui étaient cachées dans la terre les ont abattus, cétait affreux de voir ces choses. Puis nous avons été en 1° ligne à 30 mètres des bôches, cétait nuit et nous avons passé là toute la journée. Les bôches ont placé des fils de fer pour se protéger, nous aussi de notre coté nous avons fait de même. Alors nous avons compris que cette grande bataille était finie. Nous avons reçu lordre de ne plus attaquer. Nous avons passé 8 jours en 1° ligne, puis nous avons été en arrière. Comme résultat, 1° général tué et 1380 hommes du 80° hors de combat, tués, blessés. Les autres régiments étaient comme nous, les cadavres à certains endroits avaient un mètre de hauteur. Français et bôches, on ne voyait que du monde couché ( cétait affreux, je le dis à toi qui est courageuse, à la maison je ne lui en parle pas, je lui dis le contraire) . Nous croyons passer 8 jours de repos mais après 24 heures nous sommes repartis pour un autre secteur. Là, ça a lair dêtre tranquille ( nous sommes toujours dans la Marne du coté de Suippes, avant nous étions à la côte 196 - Mesnil les Hurlus). Les journaux nont jamais dit la vérité car nous voyons La Dépêche,cest un lieutenant qui est instituteur qui la reçoit. Nous navons presque plus dofficiers, nous navons que des instituteurs en partie pour nous commander. Les officiers qui ont fait campagne depuis le début sont très rares. La guerre actuelle est impossible. Ils sont dans des tranchées et ils partiront quand ils voudront. Ils ne sont pas bien nombreux mais ils ont tout ce quil faut tuer du monde. Jai assisté à 2 combats en Belgique, cétait dur mais jamais ça na été pareil à ce que nous avons vu. Des tranchées, ils en ont assez à lavance et ils les construisent de manière à se protéger des obus. Je ne sais quand finira cette maudite guerre. Je crois que le monde finira par refuser de se battre si cela continue.Jai eu beaucoup de chance jusquà présent mais je ne sais si cela continuera. Des 3 frères qui sommes au feu, Emile était comme moi. Nous avons peu despoir de lui, il a été blessé le 4 février, jai écrit à son camarade, il ma dit quil avait été blessé et quil navait pu savoir ce quil était devenu. Je donne toujours quelque espoir à la maison mais hélas je crois que le malheur sera bien vrai. Javais 2 cousins qui étaient aussi aux coloniaux mais pareil sort a été. I y a aussi le beau-frère dErnest Dhomp de Citou, le mari dAugustine, François-Michel qui a été tué. Ils ont été tués tous à 8 kms doù nous étions. Cest triste, la guerre. A présent, nous sommes de nouveau dans les tranchées, nous avons reçu beaucoup de renforts, les jeunes de la classe 15 arrivent, les mois passent et cest toujours pareil, cest toujours les pauvres qui sont en 1° ligne, les riches, on les a fait partir mais ils sont en arrière, on les voit embusqués partout.Cest une honte lorsque nous avons traversé la ville de Chalons de voir tant de jeunes soldats embusqués qui se tenaient en arrière et qui niront jamais au feu. Au commencement, on nous défendait de dire certaines choses mais à présent nous le disons, tout ça nous est bien égal si quelques monsieurs ça les gêne. Si tu tiens à savoir ce qui se passe,je te lenverrai. Tu ne le diras pas à ma famille car tout ça je ne leur dis pas. Tu menverras une feuille et enveloppe car ici nous navons rien. Enfin brave cousine bien le bonjour sans oublier tante et ton cher Jean. Tu me donneras son adresse. Je pense souvent à vous. |
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